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Manhattan, people and locations Short stories sur New York, les gens, les lieux. Vision new yorkaise d'un écrivain.

L'âme soeur

Ann F Border
L'âme soeur

Mark pensait à la boite dans la poche intérieure de sa veste. Il se demandait si c’était le moment de l’ouvrir. N’y aurait-il pas de moments plus graves encore ? Il devait réfléchir vite. Le type qui le menaçait avec un couteau criait de plus en plus fort, cependant, il ne semblait pas tenir sur ses jambes et transpirait comme en plein été.

Le russe avait été clair. La boite ne lui sauverait la vie qu’une seule et unique fois. Après l’avoir ouverte, elle n’aurait plus de pouvoirs et redeviendrait un simple objet.

Le russe : Feliks Rastorgouïev. Il n’avait jamais oublié son nom, bien qu’il ne fût qu’une rencontre de comptoir. Mark avait cru à son histoire de porte-bonheur, parce qu’il était saoul et que le slave ne lui avait pas vendu la boite, mais donné, bien que ce fut un objet de valeur. À certains moments, il avait un fort accent russe, et à d’autres, pas du tout. Il se disait antiquaire, puis écrivain. Peut-être était-il les deux. Peut-être aucun des deux. Une femme, une française, était agrippée à son épaule et n’en bougea presque pas jusqu’au matin. Parfois, ils semblaient amants, et parfois non. Le russe parla longuement d’elle à Mark. Elle s’appelait Sarah Morel. Elle s’entêtait à écrire de la poésie publiée dans d’obscures revues, et vivait dans le Queens depuis trois ans. Elle ne pouvait pas rentrer en France, pour des raisons qu’il ignorait.

Sarah n’était pas belle. Pourtant, Mark avait été attiré immédiatement. Pendant toute la soirée, il ne put la quitter des yeux. Elle avait une élégance sèche et des gestes lents, un timbre de voix presque grave et un regard qui perçaient la chair jusqu’à l’âme. Certaines de ses expressions étaient en décalage avec le moment présent, comme si elle évoluait dans une dimension parallèle.

Après cette soirée, il était souvent retourné au pub, dans l’espoir d’y revoir Sarah. Elle ne s’y montra jamais. Il acheta d’innombrables revues de poésies, sans tomber sur l’un de ces vers. Il chercha son nom dans les annuaires, emprunta la ligne E à toutes les heures du jour et de la nuit, parcourut le Queens de long en large.

Peu à peu, sa quête se vidait de sa substance. Le visage de la française se confondait avec celui d’autres femmes croisées. Il renonça, mais quelquefois, il se retrouvait dans le Queens sans savoir comment il était arrivé jusque-là. Le moment où il avait pris la décision de s’y rendre, les gestes qui lui avaient fallu accomplir, il ne s’en souvenait pas. L’espoir de la revoir devint une mélancolie qui ne le quitta plus.

Le couteau frôla le cou de Mark. Une pensée lui glaça le sang. S’il mettait la main dans sa poche intérieure, le junkie se sentirait menacé et lui trancherait la gorge à coup sûr. S’il ne le faisait pas, s’il n’ouvrait pas la boite, il mourrait aussi, privé de son pouvoir.

Ça lui revenait maintenant, Feliks portait la boite accrochée à une chaine autour de son cou. Il avait alors trouvé l’emplacement incongru. Mais ainsi, elle était facilement accessible. Faire un geste pour s’en emparer, n’avait rien de provocateur.

Il pensa à Sarah et mit la main dans sa poche intérieure.

Commentaires

plomberie paris 9 31/01/2015 12:38

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Cordialement

en savoir plus 04/12/2014 23:52

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A trés bientot