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Mardi 3 juillet 2007 2 03 /07 /Juil /2007 17:54
 De longues traînées à l’agonie sur une plage
Le Moulin Blanc soudain devient noir
Un vent crache des blocs qui s’écrasent sur des souvenirs
Des nuages à la brune, une lune brasier
Sur une ville jadis privée de nerfs
Réveillée par des beats agresseurs
Des assaillants frénétiques
 
Une ville hors d’atteinte à la substance friable
Qui descend lentement dans la mer
Les flots rougissants les nappes digitales à couteaux tirés
Rencontrent une grève à la dérive
Alourdie par le poids des hommes ruinés
Des pierres tragiques bien trop polies
Par les écumeurs d’âmes l’atmosphère Brown Sugar
 
Ta bouche à jamais a prononcé des murmures insensés
La respiration inaudible d’une cité endormie
Teintée de sombre et de délices furieux
Aux ramures américaines les rues sanglées
L’énergie étreinte à la poursuite des foules cosmopolites
Sur le sable des oripeaux des sangles une pose navrante
Les yeux au ciel d’un noir épais
 
La lune cachée pourtant si présente
Derrière la brume d’emprunt d’un regard frelaté
Devenu synthétique après trois jours et trois nuits
Dans les quartiers de tueries aux axes difformes
Les couloirs avilis qui n’ont jamais existé
Juste en face de New York debout dans une langue convulsive
Et de son étincelant fracas de sang-mêlé
 
Que tu ne verras jamais que tu n’entendras jamais
Au bord du monde de l’ancien
Sur le départ d’une grève livrée aux grandes marées
Celles qui lèchent les fondations d’une ville reconstruite
Ruisselante d’alcools jetés dans les feux
De ton supplice un soir de fête
Cadillac Squawk est pour toi
 
 
 
Yan Kouton. Brest, le 03 juillet 2007
Par Mary and Co - Publié dans : Yesterday is here
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Lundi 29 janvier 2007 1 29 /01 /Jan /2007 18:21
Plusieurs fois par jour, il allait regarder Manhattan. Sept fois. Comme les sept doigts de ses mains Une obligation qu'il s'imposait à cause du temps qui passe trop bruyamment quand il n'est pas rempli. Un peu comme les gouttes d'eau qui bouffent les nerfs en s'écrasant sur le carrelage. Flic-flac, tic-tac, du pareil au même. Surtout qu'il était presque sourd.  
Il n'avait jamais été sur la presqu'île. Même de son vivant. C'était pas pour lui. Trop…Bon sang ! il devrait pouvoir l'exprimer après toutes ces années. Trop grand, étourdissant, pollué, dangereux ?… Non, non, non et non ! Enfin oui, mais ça n'est pas pour ces raisons qu'il était rivé à Brooklyn. Pas non plus parce qu'il était mort. C'était pareil avant. Enfant, il se rendait dix fois par jour sur les rives de l'East River, c'est dire ! Dix fois, comme les dix doigts de ses mains d'alors. Une obligation qu'il s'imposait à cause du rêve qui est toujours de l'autre côté. C'est ce qu'on lui avait raconté. Mais à croire que ça n'était pas pour lui, parce que la veille de chaque sortie scolaire qui l'aurait conduit au Met ou au zoo de central Park, il était systématiquement pris de fièvre. Et même une fois, elle l'atteignit si fortement, qu'il faillit en mourir. 
Il avait fini par penser que les ponts ne rendent pas les traversées possibles, quelquefois. Et puis quoi ? c'était pas mal de sentir la chimère si proche lorsqu'on était éternellement débarrassé de ses mensonges.
Par Mary and Co - Publié dans : Yesterday is here
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Mardi 9 janvier 2007 2 09 /01 /Jan /2007 23:09
Il fait beau. Cependant, ça n'est ni l'été, ni le printemps. Une fin d'hiver, peut-être. Beaucoup se sont méfiés de la lumière solaire et sont sortis avec des vêtements chauds. Ils le regrettent, maintenant. Seulement, l'hiver, c'est l'hiver. Plus personne n'y croit, mais il faut s'accrocher à quelque chose. On y parvient de moins en moins. Les trois mille vies ôtées de Manhattan ont bousillé le climat pour de bon. Et c'est partout pareil. Dès qu'un trou se forme dans la couche humaine, on ne sait plus ni comment se fringuer, ni comment marcher. Comme si, soudain, on possédait des membres supplémentaires. Des morceaux de corps et d'âmes, pourquoi pas ? qu'il faut se trimbaler, jusqu'à ce que notre tour passe.
La femme a cette étrange démarche new-yorkaise. Et lorsque l'homme l'aperçoit à l'autre extrémité du Bow Bridge, il sait qu'elle est accompagnée. Enfin, elle est visiblement seule, mais, comme tous les autres, il y a fatalement quelque chose qui lui est tombé dessus, qui ne la lâche plus. L'homme s'interroge sur la meilleure façon de la croiser, elle et ses…machins.
Il n'aime pas l'idée de se confronter aux âmes mortes. C'est effrayant. Aussi, il décide qu'il restera à distance de la femme, longeant la rambarde opposée, en baissant la tête. Elle s'immobilise et allume une cigarette. Elle n'est plus qu'à quelques mètres de lui. La fumée qui s'échappe lui pique les yeux. Elle les plisse avec une grimace virile. Les volutes masquent une partie de son visage et suivent l'arête de son nez pour se perdre en brume dans ses cheveux. Puis, elle reprend sa marche avec plus de lenteur.
- Il n'existe pas de mot pour nommer les habitants de Manhattan, dit-elle en le dépassant.
Elle lui dit ça chaque jour, avec cette voix d'actrice ivre. Il n'a jamais de réponse. Parce qu'il ne se souvient jamais de rien. La seule chose qu'il sait, c'est que demain ne sera pas un autre jour.
Par Mary and Co - Publié dans : Yesterday is here
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Dimanche 15 octobre 2006 7 15 /10 /Oct /2006 16:54
 
Il faut bien savoir que le lieu n’est pas négligeable. Regardez ce que nous représentons. En surface, s’entend. Que dalle ! Et le temps que l’histoire met à bousiller nos espérances, pas plus !
L’endroit où l’on se trouve, c’est presque tout.
New York est froide, je le suppose. Deux fois plus que lors de l’hiver berlinois, parce que je vivrais encore au printemps.
(Lorsque la lumière quitta l’Europe nous étions si jeunes.)
New York offre de meilleures nuits. On y dort presque comme ailleurs. Comme avant, désolé.
 
À Hannah Arendt.
Par Mary and Co - Publié dans : Yesterday is here
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Jeudi 21 septembre 2006 4 21 /09 /Sep /2006 16:17
Faut-il que je sois conne pour regarder le New Jersey comme s’il s’agissait d’une terre promise.
Mais aussi, il fut un temps où Manhattan se vautrait sur moi comme une camée, une pute harassée, une marcheuse frénétique… Elle me poussait vers la rivière. Vers les piliers vermoulus où j’entendais encore grincer la coque de trois mâts chargés jusqu’au pont d’exotisme européen et d’émigrants affamés. Je mélangeais tout. Le ciel me rappelait les liquides humains qui s’écoulent, quoi que l’on fasse, vers le sol. Je ne parle pas du sang, j’étais, alors, trop optimiste pour penser à ça.
Egalement, vous disiez dans mes rêves, qu’un jour cela s’arrête, se fige. Une autre saison. Un été blanc, glacial mais bien vivant, avec des rythmes lents, des glissades sur les étangs miroitants, des possibilités d’y voir malgré les yeux clos, des rires qui ricochent contre les structures métalliques.
Par votre faute, chaque jour, je marchais sur les rives de l’Hudson, vers le Financial Center, pour rapporter ce songe à mes deux sœurs. Quelquefois, la lumière solaire les dissimulait à ma vue. Mais quand même, les yeux plissés pour distinguer leurs contours, je leur racontais les ombres dissoutes, l’haleine chaude soufflée dans les mains, les sept miroirs de Central Park, les couleurs fortes sous la peau, la poussière emprisonnée dans le gel, dormant comme des quartz dans l’eau sale des souterrains, les journées de 24 heures, l’absolue tranquillité… Fallait-il que je sois conne pour y croire.
 
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Lundi 11 septembre 2006 1 11 /09 /Sep /2006 21:18
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Vendredi 9 juin 2006 5 09 /06 /Juin /2006 14:23

911

C'est un rêve que je fais. J'étouffe et les secours ne viennent pas. Ils briquent leur ambulance aux alentours du square Greeley. Près de moi, une enfant danse en imitant la chorégraphie d'un clip de Madonna et fredonne avec légèreté :" Nous sommes morts depuis le 11 septembre, mais saviez-vous qu'avant nous n'étions pas vivants ? Nous étions morts depuis le Rwanda. Mais saviez-vous qu'avant nous n'étions pas vivants ? Nous étions morts depuis Sabra et Chatila. Mais saviez-vous qu'avant nous n'étions pas vivants ? Nous étions morts depuis Birkenau…" Je voudrais qu'elle ait peur, mais c'est impossible.
Puis, s'immobilisant dans une position ridicule, elle me demande :
- Le jour, qu'est-ce que c'est ?
Une idée romantique : Le jour c'est New-York, quoiqu'il arrive.
Par Mary and Co - Publié dans : Yesterday is here
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Vendredi 21 avril 2006 5 21 /04 /Avr /2006 20:22
Lumière d’août dans le vent du Sud
Nu pied à la recherche de ses pas
Il flottait dans le tumulte de ses pensées
Recherche inaboutie de son songe d’humain
Rieur par défaut, prieur en dessous
Il jeta son être tout entier dans la tourmente
Au lieu de scinder son égo
Malheur dira-t-on
Bonheur se dit-il
 
 
New York, 1989
 
(À Dorothea Lange, à Ronnie de Riverbank & Co)
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Jeudi 9 mars 2006 4 09 /03 /Mars /2006 21:14
Elle ne parlait jamais. Elle n’aimait pas ça. Alors, elle possédait de nombreuses parades et des mouvements de défenses quand vous l’abordiez. Ses yeux qui s’envolaient soudainement, comme des papillons importunés, ou une mèche de cheveu qui tombait tel le rideau sur une scène de Broadway avant la fin d’un acte. Et puis, il ne vous était pas utile d’attendre que cela change. Plus rien ne se passait. Elle n’était plus avec vous depuis longtemps. Enfin, ça n’est pas sûr ; Elle souffrait beaucoup. Le sang circulait rapidement dans ses artères, et ses grandes mains se tordaient jusqu’à ce que vous l’abandonniez, jusqu’à ce qu’elle ne vous voie plus. Mais quelquefois, il lui fallait patienter de nombreux jours, jusqu’à ce qu’elle vous oublie complètement.
Elle n’aimait pas ça. Cette rupture brutale et automatique. Mais ça valait mieux.
Qu’aurai-je dit ? se disait-elle.
Souvent, elle fuyait à Times Square. Vous l’y surpreniez (sans hasard), souriante. Et ses lèvres remuaient, vous l’auriez juré, juste avant qu’elle ne vous croise.
 
 Manhattan, 1989.
 
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Lundi 16 janvier 2006 1 16 /01 /Jan /2006 17:25
Le dragon aux mille cœurs humains expulse son sang dans les artères parfumées et les arrière-boutiques besogneuses où le rythme s’accélère à cause de l’opium. Pas plus qu’ailleurs les corps ne s’élèvent, mais sont soulevés par la soustraction passagère de leur douleur. La légèreté est le poids dissimulé par la chimie.
Je marche en imitant ton genre de pas et s’il n’y avait que mon désir, les animaux mythiques n’auraient pas connu la cendre précocement, ni les récipients de verre. Le sale amour, dit-on, se nourrit de la mort. Pour une fois qu’il m’est donné de rire et d'échapper aux addictions misérables.
Puis le jour se repose de la nuit qui fut, du chien jusqu’au loup, entièrement éclairée par les flammes imprévisibles des lampes de papier. J’attends le vent et qu’il renverse tout.
 
Chinatown, 1989.
Par Mary and Co - Publié dans : Yesterday is here
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