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Vendredi 20 octobre 2006 5 20 /10 /Oct /2006 16:14

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J’avais l’âge maudit. Tu sais comme dans le bouquin : J’avais vingt ans et je ne laisserai personne dire que c’est le plus bel âge de la vie. Quelque chose comme ça… Une épave ! tu aurais vu ça. Et aucune chance d’y passer. Des vaisseaux sanguins durs comme la pierre, qui pétaient les aiguilles.
Et je volais, mec ! Enfin, c’était tout comme. Les pieds à ça du sol.  Tant mieux, parce que, sans ça, j’aurai pataugé dans la merde à longueur de nuits.
Et la nuit, tiens ! tant que j’en parle.  Elle n’arrêtait jamais. À cause des baffes dans la gueule qui m’explosaient les yeux, des bars en sous-sol, des cellules d’isolement, …je ne sais plus.
Pas de jours ! pas de jours !
Et tu sais quoi ? Je croyais qu’au bout du Holland Tunnel, il n’y avait rien. Enfin, juste un mur pour retenir la flotte. Je croyais qu’il n’y avait pas d’autre terre que celle-là. Cette pourriture d’île et rien d’autre. Eh ! De là où j’étais, je le voyais pas ce putain de New Jersey. J’étais pas débile au point d’aller traîner près de la rivière. Ça attire, ces trucs-là. Tout le monde sait ça.
...
Tu crois que New York, c’est moi ? Pauvre con !
Par Mary and Co - Publié dans : People and locations
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Dimanche 15 octobre 2006 7 15 /10 /Oct /2006 16:54
 
Il faut bien savoir que le lieu n’est pas négligeable. Regardez ce que nous représentons. En surface, s’entend. Que dalle ! Et le temps que l’histoire met à bousiller nos espérances, pas plus !
L’endroit où l’on se trouve, c’est presque tout.
New York est froide, je le suppose. Deux fois plus que lors de l’hiver berlinois, parce que je vivrais encore au printemps.
(Lorsque la lumière quitta l’Europe nous étions si jeunes.)
New York offre de meilleures nuits. On y dort presque comme ailleurs. Comme avant, désolé.
 
À Hannah Arendt.
Par Mary and Co - Publié dans : Yesterday is here
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Dimanche 1 octobre 2006 7 01 /10 /Oct /2006 16:16
Elle était veuve. Cette annonce déplut au boxeur. Les veuves, celles qui avaient aimé, vivaient sur la rive des anges, comme il disait. Rien à en tirer. Leurs yeux regardaient loin derrière vous et leurs mains tripotaient des objets inconsciemment. Elles souriaient de la même façon, par distraction, ou parce qu’un souvenir remontait brusquement à la surface. Pour elles, vous n’existiez pas.
Elles avaient rejeté votre odeur, à peine les aviez-vous frôlés, parce qu’elles s’endormaient, chaque nuit, le nez dans une veste de sport pleine de la transpiration du mort. Ça faisait froid dans le dos.
Elles flottaient, à cause de la chimie et de leur manque d’amarre terrestre, maintenues dans l’air par l’attraction angélique.
- Quand ceux qui nous quittent nous hantent, en fin de compte, ils ne nous quittent plus jamais, dit le boxeur, tant pour rassurer la fille que l’esprit qui l’accompagnait.
Elle commençait à le trouver bizarre. Parce qu’elle n’était pas new-yorkaise. Dans l’Oklahoma, on n’abordait pas de tels sujets sous cet angle. Les hommes de rencontre se contentaient de phrases de consolation et de mines de circonstance. Ensuite, ils balayaient machinalement quelques miettes de la table et parlaient d’avenir. Et même si immanquablement, elle s’esquivait lorsqu’ils agissaient ainsi, elle comprenait leur attitude.
Le Portoricain était différent. Il n’avait aucune intention de faire table rase de sa vie d’avant par quelques gestes explicites. Mais new-yorkais ou pas, il fallait qu’il soit sacrément dérangé pour dire des choses pareilles. Et même si c’était vrai qu’elle vivait avec un fantôme, c’était pour un temps donné. C’était rationnel et ça regardait personne !
Le visage de la fille se transforma sous l’affluence de ses pensées et le boxeur cessa de trembler dès lors qu’elle perdît sa beauté. Il se leva et, sans mot dire, se dirigea vers la sortie.
110 Dollars, c’est le prix que lui avait coûté la soirée avec ce malade. Une semaine de loyer. En plus, ces fringues, elle les remettrait plus : trop colorées.
Quand on la retrouva, trois jours plus tard, errant dans Times Square, elle était vivante,
mais avait perdu son esprit à jamais.
 
New York, 1989.
 
Par Mary and Co - Publié dans : Le boxeur
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Jeudi 21 septembre 2006 4 21 /09 /Sep /2006 16:17
Faut-il que je sois conne pour regarder le New Jersey comme s’il s’agissait d’une terre promise.
Mais aussi, il fut un temps où Manhattan se vautrait sur moi comme une camée, une pute harassée, une marcheuse frénétique… Elle me poussait vers la rivière. Vers les piliers vermoulus où j’entendais encore grincer la coque de trois mâts chargés jusqu’au pont d’exotisme européen et d’émigrants affamés. Je mélangeais tout. Le ciel me rappelait les liquides humains qui s’écoulent, quoi que l’on fasse, vers le sol. Je ne parle pas du sang, j’étais, alors, trop optimiste pour penser à ça.
Egalement, vous disiez dans mes rêves, qu’un jour cela s’arrête, se fige. Une autre saison. Un été blanc, glacial mais bien vivant, avec des rythmes lents, des glissades sur les étangs miroitants, des possibilités d’y voir malgré les yeux clos, des rires qui ricochent contre les structures métalliques.
Par votre faute, chaque jour, je marchais sur les rives de l’Hudson, vers le Financial Center, pour rapporter ce songe à mes deux sœurs. Quelquefois, la lumière solaire les dissimulait à ma vue. Mais quand même, les yeux plissés pour distinguer leurs contours, je leur racontais les ombres dissoutes, l’haleine chaude soufflée dans les mains, les sept miroirs de Central Park, les couleurs fortes sous la peau, la poussière emprisonnée dans le gel, dormant comme des quartz dans l’eau sale des souterrains, les journées de 24 heures, l’absolue tranquillité… Fallait-il que je sois conne pour y croire.
 
Par Mary and Co - Publié dans : Yesterday is here
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Lundi 11 septembre 2006 1 11 /09 /Sep /2006 21:18
Par Mary and Co - Publié dans : Yesterday is here
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Dimanche 3 septembre 2006 7 03 /09 /Sep /2006 12:09
La peine, la peine, la peine ! les larmes quittent le corps, rejoignent les flots mystiques où elles se fondent dans les vapeurs matinales.  Sauf une. Deux en vérité qui deviennent les yeux de l’animal aimé. Des yeux trempés dans une âme limpide, couleur eau avec des reflets solaires et des traces sombres qui surnagent. Après, dans leur corps félin, ils vous suivent comme votre ombre. C’est ce que l’on aime croire. Nous les suivons, en fait, pour qu’ils nous sortent de l’ombre. Et ils y réussissent. Pas si dur pour eux.
Quand leur lumière nous touche enfin, de manière définitive, ils vont attendre la rivière, car la rivière se déplace pour eux et ils disparaissent de nos jours d’après. Mais pas vraiment.
Les gens comme moi savent qu’ils vont partir avant qu’ils ne s’en aillent. Mais quand ils partent, quand même, c’est insupportable.
La mort ?  Si vous le dites, nous lancent-ils, avant de filer vers d’autres desseins.
 
A Lola.
Par Mary and Co - Publié dans : Autres histoires
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Jeudi 10 août 2006 4 10 /08 /Août /2006 22:31
 
C’était un jour lumineux. Je commence souvent comme ça, j’installe le jour. Où poserions-nous nos yeux si je ne le faisais pas ?
Vous étiez, ce jour-là, si triste, que j’aurais préféré un jour de pluie. De cette pluie qui dure depuis tant de jours qu’on ne croit plus aux extérieurs. De fait, les choses se passent ainsi : on se réfugie au Time Warner Center, boire un café dans cette librairie qui porte mon nom au pluriel : Borders. Non sans avoir, auparavant, feuilleté quelques Virginia Woolf et libéré de ses pages des mots insensés.
Mais c’est impossible. Le Time Warner n’existait pas encore ce jour-là.
Je ne peux vous décrire autrement qu’après avoir longuement rêvé de la vie rêvée. Et alors, ne suis-je pas écrivain pour cette unique raison que la vie est insuffisante ? Hé ! aussi pour que le rêve pénètre les jours lumineux et que je vous rencontre.
 
Par Mary and Co - Publié dans : Autres histoires
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Samedi 5 août 2006 6 05 /08 /Août /2006 21:28
 
 Allez! pénétrons les extérieurs. Enivrons-nous de la chaude haleine humaine d’avant le baiser et persuadons-nous que le temps est, dans la ville, un paria se nourrissant d’ordures trouvées dans les bennes des arrières cours, ne dormant que d’un œil sous les néons verdâtres d’un open 24 hrs.
Allez ! croisons-le exprès et oublions notre humanité. Rions fort et brisons ses espoirs de seconde fortune, quand on en surprend un dans son regard à demi clos, tendu vers les pointes dorées.
Recouvrons son corps maigre d’un carton supplémentaire en l’assurant que la lame glaciale de la nuit ne fait pas de détail.
Allez ! courons vers les lumières élaborées, vers les murs vibrants d’un club de Park Avenue, peut-être. Trempons nos lèvres dans un vin californien au goût de sang et rions fort. Attendons le matin qui ne vient pas, bien sûr. Comptons les secondes qui nous en séparent à l’aide de nos battements de coeurs. Affolons-nous de leur trop grande rapidité. Ayons peur de mourir.
Allez ! Retournons dans la ruelle. Il est temps.
Par Mary and Co - Publié dans : Autres histoires
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Dimanche 30 juillet 2006 7 30 /07 /Juil /2006 13:18
- Tu crois à l’attraction ? lui demanda le boxeur en fixant un point  loin derrière son épaule.
Elle n’osa se retourner pour suivre son regard. Tout cela paraissait si fragile.
- Oui, répondit-elle, brutalement.
Par attraction, elle avait compris attirance, alors une affirmation massive s’imposait. Il n’y avait pas des tonnes de mecs qui s’intéressaient à elle. Il s’agissait de ne pas contredire celui-là. Surtout qu’il était à se damner.
Elle passa la main dans ses cheveux et tira sur son tee-shirt qui s’était recroquevillé au dessus du nombril. Combien de temps avant le sexe ? Qu’importe, elle serait patiente.
- Qu’est qu’il y a de tellement attirant en bas ? poursuivit le boxeur en s’agrippant au grillage anti-suicide.
Merde ! Il parlait de Newton, de la chute des corps. Tu parles d’un plan !
La chute des corps. En plus, elle détestait cette phrase. Pourquoi y avait-elle pensé ? C’était foutu maintenant. Elle venait de perdre le contrôle sur l’horloge. Elle était presque vieille et, soudain ça se voyait. Elle en était sûre. Tout son boulot journalier, minutieux et harassant pour faire illusion, cédait sous le poids d’une simple phrase, d’une sentence, d’un rappel. C’était foutu. Elle ne supporterait plus que des mains la touche. Un triste inventaire, ça ressemblerait à ça. Sale con de portoricain !
- Quoi ? cria-t-elle. D’où tu sors, pauvre taré, pour poser des questions pareils ?
C’est l’enfer en bas ! tout est attirant. Ça remue, ça chauffe, ça pue, ça se fout sur la gueule, ça baise, ça brasse du fric… C’est increvable. C’est tout ce qui compte.
Le boxeur la dévisagea. Elle n’était pas belle au point qu’il en tremble. Il tremblait pourtant, à cause de cette manie de ne jamais s’attacher à un ensemble. Ce qu’il advenait des corps était l’œuvre du temps, point barre. Le lieu, le milieu de naissance, les rencontres, les douleurs, les substances, les saisons, les bonnes et les mauvaises heures…
Seuls les détails le troublaient, en fait. Il portait un regard de femme sur les femmes. Non pas, comme elles, pour trouver chez l’autre de meilleurs ravages.
La persistance de la jeunesse. Il ne voyait que ça. Sur les lèvres, la nuque, les seins, le ventre, les mains…La vieillesse recouvrait bien leurs corps d’un voile de surface gris (c’est comme ça qu’il l’imaginait), mais elles combattaient des années durant et allaient mourir sans vieillir vraiment.
Dommage que celle-là ait ouvert sa grande gueule.
Quand on la retrouva, trois jours plus tard, dans une benne de la 13e Est, on découvrit la phrase « par abandon » taillée, post-mortem, à la lame sur sa chair.
 
New York, 1989.
 
Par Mary and Co - Publié dans : Le boxeur
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Mercredi 26 juillet 2006 3 26 /07 /Juil /2006 17:37
 Ça n’était pas un jour à faire n’importe quoi. Beaucoup de possibilités d’y passer. Pourquoi plus dangereux aujourd’hui qu’hier ? Pas plus. Elle le sentait comme ça, c’est tout. La chaleur, les camés, les mômes qui vous visaient avec leur laser qui file le cancer, où elle savait pas quoi, plus tous leurs autres jouets débiles à deux roues! Les bombes balancées dans les cliniques d’avortement, qui explosent juste quand vous passez devant. Eh ! ne pas oublier, les avions qui tombent, les couteaux qui sifflent, l’eau qu’on avale de travers. Trop, trop de raisons d’y passer.
Il fallait de l’air. S’asseoir dans Channel Gardens. Pas une mauvaise idée. Surtout que quand on est vivant, faut savoir se donner le meilleur, le plus doux. Le plus doux ! et puis quoi encore ? Ce coin-là, c’était juste de la flotte chlorée, avec des plantes en pots et des sculptures gréco quelque chose. Jamais vu des corps pareils ! La beauté, ça fait toujours mal !
Se foutre les pieds dans l’eau et attendre deux secondes que tout le monde se tire en s’indignant dans une langue étrangère. Rien à cirer ! Tout Manhattan était à elle. Tout ce qui se pénétrait sans clé, sans ticket, sans robe de cocktail à 300 dollars.
Fermer les yeux, pas pour dormir, mais écouter la mort dégager le secteur, en  foutant des coups de pieds dans des canettes vides. C’était toujours ça de gagner.
 
Par Mary and Co - Publié dans : People and locations
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