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Dimanche 8 janvier 2012 7 08 /01 /Jan /2012 17:00

The christmas Cottage

Wyatt Dumond s’attarde devant la vitrine de The Christmas Cottage. Une femme s’en approche et la regarde à son tour. 

-Je déteste les fêtes de Noël lui dit-il, regrettant aussitôt de l'aborder avec une envolée si peu appropriée au lieu et à la saison.

- Moi aussi lui répond-elle contre toute attente. C’est tout les ans la même chose…

- Les boules géantes sur la Cinquième…

- Sur la Sixième.

- Quoi la Sixième ?

- Les boules, c’est sur la Sixième.

- Ouais. Et Le sapin du Rockefeller… je n’en peux plus du sapin du Rockefeller.

- A chaque fois que je passe devant, j’imagine le trou béant qu’il a laissé dans les forêts du Vermont.

- Du Connecticut. Le trou béant dans Les forêts du Connecticut.

- Oui… Ou du Canada, non ?

Wyatt hausse les épaules.

- Et Prométhée à l’air d’un nain qui cherche à s’enfuir, poursuit-il.

- Elle n’est pas cohérente cette situation.

- Pour un Titan.

- Pour un Titan…

- C’est humiliant.

- Je le pense aussi.

- Et les soldats de l’Armée du Salut qui vous poursuivent partout en agitant leur cloche diabolique.

- Les soldats de l’Armée du Salut ne portent rien de diabolique.

- Oui enfin…

- J’en suis presque sûre.

- Si vous le dites. Leur grelot, quoi.

- Leur grelot divin. Rajoutez divin, s’il vous plait. Ou un mot du même genre.

- Leur grelot… angélique !  Ça vous convient ?

- Merci.

- Vous êtes croyante ?

- Superstitieuse. 

- Moi aussi je suis superstitieux. Superstitieux et croyant. Wyatt appuie sur le et.

- Désolée.

- Non ça va. Je m’en sors plutôt bien. Il me reste dans la journée quelques moments de libre.

Ils marquent un silence, puis la femme reprend :

- Le père Noël de chez Macy m’a dit de très belles choses cette année.

- Vous avez été voir le Père Noël de chez Macy ? S’étonne Wyatt.

- J’y vais tous les ans. Enfin, j’y emmène mes neveux de l’Ohio. Ils y croient dur comme fer.

- Moi aussi… Enfin, moi aussi, j’y emmène mes neveux de l’Ohio…  Rien à voir avec ces conneries d’esprit de Noël qui me rongerait le cerveau. Ou la vague impression d’être enfermé dans le décor magique d’une… d’une boule de neige géante !

- Bien sûr que non…  Ce n’est même pas le vrai Père Noël.

- Exact ! Il a cette année un accent sud-américain très prononcé.

- Je l’ai remarqué aussi.

Un nouveau silence.

- La dernière fois que je me suis assis sur les genoux du Père Noël, j’avais huit ans, dit Wyatt. Je m’en souviens comme si c’était hier. J’étais confortablement calé contre sa poitrine à lui énoncer ma liste de cadeaux, quand j’ai croisé le regard de mon père.  Un terrible regard désapprobateur.  Alors l’année d’après, je lui ai dit que je ne croyais plus à toutes ces légendes enfantines. Au fond, ça l’a soulagé.

- C’est triste de devoir mentir.

- Oui dit Wyatt.

Après quoi la femme relève le col de son manteau, lui sourit légèrement et reprend sa route.

Par Ann F Border - Publié dans : People and locations - Communauté : New York City Art
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Dimanche 20 novembre 2011 7 20 /11 /Nov /2011 18:48

Green loveTintement de cloche. Quand Mary Corken lève le nez de son sac à main, un nouvel homme est assis en face d’elle. Durant quelques secondes, elle se demande s’il s’agit bien d’un autre homme ou du même que tout à l’heure. À force d’adopter des attitudes identiques de séduction, ils se ressemblent tous. Et la lumière basse ne donne que peu d’occasion de les différencier.

- Henri Fonda, se présente l’homme.

Elle se présente à son tour. Henri n’est pas surpris qu’elle ne prête pas attention à son homonymie célèbre. Plus personne ou presque n’y fait allusion depuis le milieu des années 90.

- Vous avez le même nom que l’actrice qui fait la pub pour la crème antiride, dit-elle tout de même. 

- Il se trouve qu’elle avait un père…

- Sans doute ! Qui n’en a pas.

Henri n’insiste pas. Mais il a la sensation étrange de tomber dans l’oubli sans jamais avoir été connu. Un sentiment difficile à expliquer. Une légère angoisse.

- On devrait commencer dit Mary en désignant la cloche en cuivre posé sur le comptoir, le temps nous est compté.

Nouvelle angoisse.

- Vous n’êtes pas un de ces escrocs de Wall Street, demande-t-elle ? Un type de la finance, banquier ou avocat d’affaires ?

- je suis vétérinaire, répond Henri.

- Pas un métier très sûr aujourd’hui. Qui se soucie du bien-être de son chat, quant on ne peut même pas se soigner soi-même. 

- Cabinet à Manhattan. Upper East Side. Clientèle huppée.

L’énervement d’Henri s’exprime toujours par phrases saccadées.

- Des emprunts à risque ?

- Pardon ?

- Des crédits ?

- Pour ma voiture.

- Des placements à risque ?

- Si je pensais qu’ils sont à risque, je les placerais ailleurs.

- Donc, des placements. Propriétaire ou locataire ?

- Locataire.

- Ah...

- On est à New York, se justifie-t-il

- je connais des propriétaires new yorkais.

- Grand bien vous fasse* !

- Vous me trouvez trop directe ?

- Je vous trouve indiscrète et vénale.

- Indiscrète peut-être, mais pas vénale. Je veux être amoureuse dans les meilleures conditions, c’est tout. Je ne veux pas d’un amour qui se cogne quotidiennement contre les murs d’un logement à loyer modéré, voire pire, un asile de nuit…Vous êtes surpris, parce que c’est encore nouveau tout ça. Croyez-vous que beaucoup d’histoires aient résisté à la crise ces dernières années ? Nos sentiments n’étaient pas préparés à ça, ils n’ont pas tenus la distance. 

- La crise a tué l’amour, dit doucement Henri avec une légère ironie.

- Oui. Et le contraire n’est malheureusement pas envisageable répond Mary sans ironie. Il faut s’y prendre autrement.

- Préparer ses arrières…

- Préparer ses arrières. Résister.

- Quelque chose me gène dans votre théorie. Il me semble que vous n’avez aucune intention de résister. Vous voulez contourner, passer au travers. Bien à l’abri sur un matelas d’argent dans un appartement de Manhattan ou un Brownstone rénové de Brooklyn.

- Je mets toutes les chances de mon côté.

- Il n’y a pas de chance sans risque, lance Henri sans saisir le sens de ce qu’il dit.

- Vous ne comprenez pas que j’ai peur ?

Tintement de cloche.

- Vous ne devriez pas dit Henri en se levant. Vous êtes parfaitement adaptée à ce monde. Je vais vous donner un tuyau avant de vous quitter. L’homme de votre vie sera celui qui, lors de votre premier rendez-vous, vous questionnera de la même façon que vous l’avez fait avec moi. Un mutant, en somme, comme vous.

- Il se trouve que les êtres comme vous sont appelés à disparaitre, lui dit Mary avec un air de fausse tristesse.

- Les êtres de hasard, lui demande Henri avec une légère ironie ?

Elle soulève les épaules pour répondre hélas oui. Sans ironie.

 

*En français

Par Ann F Border - Publié dans : Speed Dating in NYC - Communauté : New York City Art
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Dimanche 6 novembre 2011 7 06 /11 /Nov /2011 17:34

Photo 084Wyatt MacLeen jette l’arme dans la rivière juste au moment où la femme qui promène le chien passe. Elle n’a pas vu l’objet tomber. Elle ignore ce que c‘est. Mais Wyatt pense autrement. A cause de ses joues pas rasés, de ses cheveux gras et du col de son trench relevé.

Mary Cappecci ne possède pas de chien. Celui-ci, un chien-chrysanthème aussi con qu’on peut l’être, appartient à un avocat d’affaires qui atteint la 42e West au moment où l’arme de Wyatt touche l’eau. Deux heures de marche mécanique et hasardeuse l’ont conduit de Police Plaza jusqu’ici. Il ne dénoue pas sa cravate, bien qu’il étouffe, mais d’une manière qu’aucun geste ne peut apaiser.

Wyatt frissonne un peu. La faute au vent qui frôle l’eau avant de remonter vers son visage emprunt d’humidité. Alors que Mary le croise, le chien se retourne vers lui et le regarde. Une bénédiction qu’il ignore ce que les hommes ont fait de lui, pense Wyatt. L’animal veut aboyer mais quelque chose l’en empêche. L’énorme nœud rouge qui sépare en deux la touffe de son crâne. Un aboiement n’est guère adapté à sa situation. Il se frotte la tête contre sa patte gauche, comme pour se débarrasser de l’attribut de décoration avant de s’exprimer dans sa langue. Mais il abandonne et geint comme une vieille femme avant de reprendre une attitude apprise au chenil.

L’arme atteint le fond de l’eau quand l’avocat passe devant la boutique d’un antiquaire. Il s’arrête pour observer un lion en bronze. Bronze ou plâtre ? Il est déjà passé par là. Il s’est déjà posé la question. Et selon son humeur, la réponse varie. Il suffirait de toucher l’objet pour savoir. Mais il ne le fera pas. Pas plus aujourd’hui que les autres fois. Le lion déteste les hommes, ça se voit dans son regard. L’avocat jurerait qu’il en a changé depuis la dernière fois. Presque vide.

Il sent soudain le poids de son cartable au bout de son bras. C’est le temps passé à le porter qui le rend lourd. Sa main fermée sur la poignée depuis longtemps est engourdie. Il caresse le crâne du lion.  Mais rapidement, pour ne pas savoir de quoi il est fait.

Wyatt est soulagé. La surface de l’eau ne garde pas de trace de l’impact avec l’arme. Presqu’immédiatement, elle s’est refermée. On peut croire que ça suffit, que la vie reprend comme avant. Mary s’est assise sur un banc et le regarde ou le pont derrière lui. Le chien dort à ses pieds. Le chien-chrysanthème. Les hommes et les femmes-chrysanthème.

Elle ne se demande pas ce qu’il a jeté dans l’eau, elle se demande pourquoi. Et pourquoi il reste là à scruter la rivière, comme s’il regrettait son geste. Elle pense que tous les hommes regrettent de perdre l’objet de leur culpabilité et l’idée d’une arme lui vient à l’esprit. Elle s’attriste de ne pas être plus que ça troublée par cette pensée. Wyatt s’assoit près d’elle. Elle lui sourit. Elle ne se sent pas en danger, car elle est à présent l’objet de sa culpabilité. Il ne fera pas deux fois la même erreur.

Dans le centre, l’avocat sent dans sa paume la matière dont est fait le lion. Il tente de l’ignorer mais c’est trop tard.

Par Ann F Border - Publié dans : People and locations - Communauté : New York City Art
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Dimanche 25 septembre 2011 7 25 /09 /Sep /2011 17:13

 

Troy Davis's Blues

Je veux un enfant blanc dit-elle

Blanc dehors noir dedans

Blanc comme vous noir comme moi

Noir comme son jeune père tué par arme blanche

Noir comme son jeune frère au destin paternel


Je veux un enfant blanc dehors noir dedans

Blanc comme le reflet de la lame la vitesse de la balle

Noir comme l’enfance noire

Nourrie à la cuisine de l’enfer

 

Je veux un enfant blanc comme vous noir comme moi

Blanc dehors comme la peinture blanche de vos murs d’écoles

Blanc dehors comme les gants blancs de vos larbins noirs

Noir dedans comme la joie des femmes noires

 

Je veux un enfant blanc dit-elle

Un enfant blanc dehors noir dedans

Blanc comme vous noir comme moi

Blanc comme la lumière blanche du couloir noir de la mort

Le couloir noir où la mort récolte sans raison

Les fils noirs hors saison

 

Je veux un enfant blanc dit-elle

Blanc dehors noir dedans

Blanc comme vous noir comme moi

 

Car j’ai un enfant noir dit-elle

Que vous assassinez

Car j’ai un enfant noir dehors comme moi

Noir dedans comme moi

Qui meurt

Blanc comme neige

Par Ann F Border - Publié dans : People and locations - Communauté : New York City Art
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Dimanche 11 septembre 2011 7 11 /09 /Sep /2011 12:09

 

WTC

Par Ann F Border - Publié dans : Yesterday is here - Communauté : New York City Art
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Vendredi 2 septembre 2011 5 02 /09 /Sep /2011 21:23

Photo 022Mon nom est John Bilerbets. Un nom sans origine pour ce que j’en sais.  Je ne suis pas né d’hier, d’après le temps qu’il me faut pour me souvenir en particulier d’un square de mon enfance. Il n’y en avait que deux ou trois ou on allait toujours avec ma mère. Eloignés les uns des autres de plusieurs kilomètres. Et elle disait on va au square, John, sans le nommer. On marchait un peu ou beaucoup et je leur donnais des noms en fonction de ça. Le juste-à-côté, le très-loin, le-trop-loin.

Oui, j’ai une cicatrice à l’intérieur de la main. Mais je ne suis pas le seul. Il y a plein de types qui essuient leur couteau dans la paume de leur voisin de comptoir. Je suis né du mauvais côté de la barrière. On me dit toujours ça. Mais moi je ne comprends que des choses que je vois. Et je n’ai jamais vu de barrière en travers de ma route.

J’ai porté pas mal d’uniformes. Non, aucun de l’armée, des pompiers ou de la police. Réformé, réformé, réformé. Mais un uniforme de gardien de parking, de concierge, encore un de gardien de parking, plusieurs de grands magasins. Aussi des uniformes de gardien d’immeuble et de chasseur d’hôtel. J’ai toujours mis un point d’honneur à les tenir nickel. À briquer les badges. Et la casquette, c’est une histoire de plusieurs minutes devant la glace pour bien la caler. J’aime les casquettes. Ca me donne l’impression d’être un homme. Ce n’est pas une chose acquise malgré les attributs. Vous je ne sais pas, mais moi ça ne m’arrive pas souvent.

Un jour on m’a raconté une histoire, et je m’en souviens parfaitement, comme si c’est à moi qu’elle était arrivée. Il faut absolument que je vous la raconte parce que je ne possède pas grand-chose, et cette histoire, elle est comme un objet auquel je suis attaché. Un objet qui me représente bien. Bref, je vous la fais rapidement.

Chaque été, une femme promenait un enfant dans Prospect Park.  Elle lui tenait la main avec affection et lui achetait une glace. Une italienne à la vanille marbrée de fraise dans la longueur. Tous les jours, elle sortait la même plaisanterie au marchand de glaces, qui avait fini par ne plus en rire et lui tendait le cornet avant qu’elle n’ouvre la bouche. Mais ce n’est pas grave, elle disait ce qu’elle avait à dire. Puis, elle tendait un mouchoir à l’enfant et lui dégageait une mèche du front en lui disant les mêmes mots que la veille. Enfin, immanquablement, elle lâchait sa main et allait s’assoir sur le banc d’en face en surveillant ses allers et retours. À un moment, son regard s’immobilisait vers un endroit précis de l’allée. Et elle courait consoler le garçon qui avait fait tomber le cornet dans le sable. Le marchand de glace lui tendait déjà un nouvel ice-cream en faisant une moue triste depuis qu’il s’était rendu compte que l’enfant n’était plus là. Depuis quand ? Un été, deux ou plus, il l’ignorait. Il ne l’avait pas vu disparaitre. Le gosse était imprimé dans sa rétine, à cause des gestes répétitifs de la femme qui reproduisait des moments passés et perdus, et parvenait par une magie quelconque à le faire réapparaitre, c’est tout ce que le marchand savait.  Puis un jour elle ne vint plus.  Ça non plus, il ne s’en aperçut pas tout de suite. Cette histoire, ce n’est pas la mieux qu’on m’ait raconté, mais c’est la seule dont je me souviens.  Et ce n’est pas le hasard si elle persiste. Elle est liée à moi. C’est comme ça que je vois les choses. Merde rien n’a jamais persisté avec autant de clarté dans ma pauvre tête !

Ma pauvre tête. Je dis ça sans me plaindre.

Ça me fait penser que des têtes j’en ai tenu pas mal dans mes mains, pour voir. Des têtes de femmes, pour la plupart. Y a qu’elles qui se laissent aller comme ça. Qui les penchent en avant lentement, jusqu’à découvrir leur nuque, vous voyez ? Et bien ce n’est pas si lourd, rapport à ce qu’on trouve dedans. Bon sang ! Un nombre impressionnant de pensées, de sentiments, de souvenirs, de visions, de sensations, de désirs, d’odeurs. Oui, même des odeurs. Elles me reviennent du passé comme ça, en pleine gueule, sans que j’aie rien demandé. Et ça me broie le ventre, parce qu’elles me débarquent dans un lieu où je ne peux plus être. Un endroit fantôme. Et durant une seconde, je ne suis plus rien, ni l’homme d’aujourd’hui, ni l’enfant, ni l’homme d’hier.  Ça me rappelle juste que je suis mort plusieurs fois dans ma vie. Et nous tous, on se balade dans cette maudite ville comme si de rien n’était. On fait comme si on n’avait pas tous ses trucs ahurissants dans le crâne, tous ces cadavres de nous-mêmes. Et des autres. Et des regrets sensationnels.

Bilerbets ? C’est un nom inventé par ma mère. Un nom affreux. Elle ne pensait pas qu’on le porte longtemps. Elle me le promettait souvent, c’est provisoire, John. Un mariage et zou, gommé à jamais de nos mémoires. Seulement les unions ne sont pas fréquentes dans ma famille. Ma famille ? Ma mère et moi.

Pourquoi septembre est-il toujours si triste, John ? Elle me demandait ça chaque fin d’été en regardant la pointe de ses escarpins clairs, ou en soulevant légèrement le rideau de la fenêtre qui donnait sur la rue. Je suis né en septembre, je lui répondais. Mais non, pas ce septembre-là, imbécile, les autres !

Il y a longtemps, septembre était le septième mois de l’année, ma mère aimait me raconter. Ma tête de mioche en concluait que l’hiver n’existait pas vu que l’année commençait en mars. Ça ne devait pas être si triste alors, elle me disait avec un sourire pâle quand je lui faisais part de ma théorie. Ouais.

Par Ann F Border - Publié dans : People and locations - Communauté : New York City Art
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Mardi 30 août 2011 2 30 /08 /Août /2011 20:55

Bird of Central Park 3Il était une fois l’histoire vraie, si l’on y croit, de Malloney Dickson, d’Abigail Cordell et de Walt l’oiseau mort (aussi mort qu’on peut l’être) qui cessa de mourir parce qu’il y a des choses plus importantes à faire parfois.

Malloney Dickson n’était pas le genre d’homme à se laisser aller aux effusions. Il se mit pourtant à pleurer lorsqu'il attrapa l’oiseau qui gisait sur la terre du Mall. Un moineau sans doute. Et il pleura jusqu’à ce que son corps glacé ne le bouleverse plus. Après quoi, ce n’était plus une bête morte qu’il tenait dans sa main, mais un compagnon. Il lui trouverait un endroit sûr. Plus sûr. Approprié à son état, mais plus tard.  En attendant, ça n’était pas mal de l’avoir à portée, pour le regarder de temps en temps.  Il lui soufflait sur le ventre. Ça écartait les plumes de surface et il apercevait une parcelle de chair. C’était émouvant, mais d’une façon que Malloney ne pouvait expliquer. Il l’avait d’abord appelé Jimmy, comme son frère. Mais son frère n’était pas mort, pour ce qu’il en savait, et il eut peur que ça lui porte malheur. Il se décida pour Walt en fin de compte, comme le prénom du poète dont le recueil  Leaves of grass trainait au fond de son sac. " Chez tous ni plus ni moins c’est moi que je vois, le bien, le mal que je dis de moi, je le dis d’eux... Je suis immortel, ça je le sais. "  Tu es immortel, ça je le sais, dit-il à l’oiseau pour l’en persuader. Pour s’en convaincre.

Vous ne devriez pas faire ça, lui dit Abigail Cordell qui observait son manège depuis un moment et qui s’était assise à dessein sur le même banc que lui. Ça va, s’énerva Malloney ! Ce n’est que pour la journée. Demain, on verra. Les oiseaux morts ne tiennent pas la distance en tant qu’ami, je sais ça. C’est vrai, répondit Abigail. Mais c’est regrettable. Ça l’est, n’est-ce pas ? Il ne lui répondit pas mais il la regarda, regarda l’oiseau et ne vit pas de différence. Il le lui dit. Il disait toujours ce qu’il pensait. Elle sourit tristement. Puis elle sourit tout court, et s’approcha pour caresser la tête du moineau. Elle peinait à choisir une attitude à cause du trouble qu’elle éprouvait à proximité de Malloney. Il porta le cadavre près de ses lèvres, tu es immortel, je sais ça.  Abigail répéta la phrase. Après tout, pourquoi pas ? Elle était agréable à prononcer.

C’est alors que les larmes se mirent de nouveau à couler passivement le long des joues de Malloney à cause de l’irrémédiable évidence que la poésie était sans pouvoir. Il les essuya d’un revers de manche en espérant qu’Abigail ne les ai pas vu. Mais elles coulèrent aussi sur son visage à cause de la même irrémédiable évidence. Ils pleurèrent sur eux-mêmes. Parce que c’est ce que l’on fait en général lorsque l’on est impuissant.

C’est alors que Walt cessa de mourir. Je n’en dirai pas plus. Je n’en sais pas plus. Entendons-nous bien, il n’est pas question de résurrection, ça je le sais. Il ne revint pas du pays des morts, ou quelque chose du genre. Les morts ne vivent (si je peux dire) pas tous au même endroit. Ce n’est pas si bien organisé.  Il cessa de mourir, c’est tout. 

Un peu sonné quand même, il voleta jusqu’au sol, remit de l’ordre dans ses plumes de surface, méchamment en désordre, et s’envola vers une nuée de moineaux qui tournoyait autour des grands arbres.

Malloney regarda sa main vide. Abigail la regarda aussi. Il est possible qu’il ne fut qu’assommé, suggéra-t-elle. Il était raide-mort, il lui répondit. C’est vrai, aussi mort qu’on peut l’être. Elle hocha la tête d’une étrange manière.

Ils restèrent un moment silencieux. A cause des hypothèses farfelues qui traversaient leur esprit, que chacun préférait garder pour soi.

Enfin, Abigail mit sa main dans celle de Malloney. Pour combler le vide laissé par Walt et parce qu’elle en avait envie. Il constata qu’elle ne pesait pas plus lourd que l’oiseau. Que ses os paraissaient aussi fins et sa chair l’émut d’une façon qu’il ne pouvait expliquer.

Tu es immortelle, je sais ça, se dit-il pour s’en persuader. Tu es immortel, je sais ça, se dit-elle pour s’en convaincre.

Et si le jour passa, ce ne fut pas à sa façon habituelle.

Par Ann F Border - Publié dans : Les contes de Manhattan - Communauté : New York City Art
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Lundi 29 août 2011 1 29 /08 /Août /2011 14:50

Vera et l'hommeTintement de cloche. L’homme s’assoit maladroitement, se relève et s’assoit de nouveau, mais sans s’installer vraiment.

- Vera, se présente la fille. 

L’homme  murmure un nom qu’elle ne comprend pas. Elle jugerait qu’il l’a fait exprès.

- Je crois que je ne peux pas, dit-il. Je ne peux pas me contenter de boire un verre en votre compagnie, et faire comme si je ne savais pas ce qui se passe derrière les os de votre crâne. Je ne peux pas me contenter de votre apparence, alors que votre âme se déchaine.  C’est comme si il y avait une autre planète, juste ici, qui m’est inaccessible.

La fille soulève les épaules d'incompréhension.

- Des choses se passent là, poursuit l’homme en pointant son front du doigt.  Je les appelle choses parce que je ne sais pas comment les nommer autrement. Bref, des choses qu’on ne voit pas, mais qui ont une valeur inestimable.  Rien à voir avec ce que vous montrez de vous. Vos gestes, vos vêtements, votre parfum…votre cocktail, simple calcul ! Mais ce que vous avez là-dedans (une fois de plus, il désigne son crâne), ce qui se déchaine, ce qui vous appartient vraiment, je n’en verrai pas la couleur. C’est tellement triste.

- Il n’y a rien qui se déchaine, dit Vera sur un ton fade. Je sors du boulot, je bois un verre, je rencontre des gens.

- Vous rencontrez des hommes, précise l’homme.

- Des hommes, si vous voulez.

- Vous avez failli ne pas le dire.

- Si j’ai utilisé le mot gens c’est qu’il gomme toute notion de genre sexuel, et écarte de moi l’hypothèse que quelque chose pourrait se passer entre nous.Les hommes incohérents ont une place de choix dans mon coeur.

- Il n’y a que du sang et de la chair dans votre cœur.

- Oh non, je vous en prie, évitez-moi les banalités.

- Je remettais les choses à leur place.

- Ok, oublions un instant que les mots ont des sens multiples. Je comprends que votre esprit…complexe apprécie l’ordre et la simplicité.  On dira que le cœur n’est qu’un morceau de chair irriguée et que les sentiments se logent où ils peuvent, sans qu'on ait jamais pu les localiser.

- C’est un peu vrai…

- Je vous en prie ! C’était une boutade.

- Vous vous moquez de moi.

- En fait, je crois que vous me poussez à le faire.

- Je ne suis pas un grand penseur.

- C’est surtout que vos pensées sont étranges. Personne ne dévoile jamais le fond de son âme, vous savez.

- Pourquoi pas ?

- Sans doute que personne ne connait son âme. Ou ne désire la connaitre. Encore moins l’exhiber. Que possédons-nous de si précieux, après tout ?

- La vérité sur nous-mêmes, la franchise envers l’autre, je ne sais pas…

- Nous sommes des humains, vous l’ignorez ? Nous créons de nouvelles vérités à chaque fois que cela nous arrange. Sans quoi, nous mourrions tous de chagrin dès l’enfance. Jugez-moi plutôt sur mon apparence cela vaut mieux et décidez qu’elle vous convient ou non.

-  En fait, je ne suis pas attiré par ce que je vois de vous.

- Allez-vous faire foutre ! répond-elle en souriant.

- A votre tour, dit l’homme en se reculant pour laisser à Vera l’espace nécessaire à l’observation.

- Ne vous vexez pas, mais quand vous quitterez cette table, c’est à peine si je pourrai vous décrire. Quand à votre esprit, il me parait aussi vide que peuvent l’être la plupart des bureaux de l’Empire State building. Malgré les efforts que vous faites pour paraitre original.

- Ah, bien.

Tintement de cloche. Involontairement, le corps de Vera se détend. Elle relâche les épaules et ses traits se lissent.

- Nous avons perdu notre temps, dit l’homme.

- Vous le regrettez ?

- Je regrette que l’existence soit parfois si dénuée de vie, murmure-t-il en se levant lourdement. Et nous fasse entrevoir le pire.

Il marche jusqu’au comptoir où il pose son verre puis un billet de vingt dollars et quitte le bar avec précipitation, en respirant la bouche entrouverte, comme s’il manquait d’air.

Le corps de nouveau tendu, Vera tente de sourire à l’homme qui s’assoit en face d’elle, sans y parvenir. 

Par Ann F Border - Publié dans : Speed Dating in NYC - Communauté : New York City Art
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Lundi 15 août 2011 1 15 /08 /Août /2011 12:20

big yellow taxiChère Amie,

 

New York possède aujourd’hui sa lumière dorée. Celle qui coule le long des façades, du mobilier urbain et des végétaux et qui s’aplatit en flaque sur le sol. C’est le matin. Quelque chose va arriver. Rien de dramatique. Presque rien.

Une rencontre, la découverte d’un livre, un chant reconnu qui sort d’une porte entrouverte, un animal sauvage traversant une allée du parc. Des visages. De nombreux visages que je prendrai le temps d’observer. (Il faut que vous m’imaginiez parcourant la ville à une vitesse anormale.)

Je n’ai durant un moment que des pensées sereines. Car aucunes ne sont des souvenirs. Et lorsque je ne pense pas, je fredonne "Big Yellow Taxi". On ne sait jamais ce que l’on possède jusqu’à ce qu’on le perde. Quelque chose comme ça. Sauf qu’après, je frissonne à chaque fois que je croise un taxi. A cause de mon père. Et je suis obligée de chasser les souvenirs.

La lumière aurifère disparait lentement. Fourguée chez les receleurs. Sinon quoi, une simple disparition ? Ça existe, ça n’existe plus. Je n’y crois pas une seconde.

L’atmosphère se grise. Mais New York peut vivre sans soleil, vous le savez.

Dans une file d’attente, je force la rencontre avec l’homme qui me précède, car la journée avance et il ne m’est encore rien arrivé. Il porte une montre à chaque poignet. Une à l’heure d’ici. Je tapote son bras pour attirer son attention et lui demande quelle est l’heure de l’autre montre. Il me lance un regard mauvais, hausse les épaules, marmonne : …sais pas, trouvée comme ça, et se détourne rapidement.

Quand je sors du bâtiment, il est assis sur les premières marches du parvis. Il vient à ma rencontre et tend la montre vers moi. Celle qui n’est pas à l’heure de New York. Prenez-la, s’il vous plait. Je ne l’ai pas trouvé, vous savez, c’est un souvenir. Pour vous, ça ne sera qu’un objet. Prenez-la, c’est une montre de femme. Il me la dépose dans la main en me lançant un regard à la fois menaçant et suppliant et dévale l’escalier sans que j’aie le temps de réagir.

J’ai la sensation que la scène est jouée à l’envers. L’homme ne me donne pas la montre. Il la dérobe à mon poignet et détale. Je la tiens pourtant dans ma paume. Mais je n’arrive pas à croire à son existence. Seena Noigiallach est gravé sur le fond. Ça, c’est une évidence. J’ai craint un instant y voir inscrit mon nom.

J’apprends à la bibliothèque centrale que Noigiallach est le nom d’un roi irlandais du quatrième siècle signifiant qui possède neuf otages. Rien sur Seena. A quoi je m’attendais ?  Je laisse la montre sur la table en partant.

Peut-on considérer que ce mince évènement suffise à dire que quelque chose est arrivé ?

(Ne me répondez pas, je vous en prie)

 


Par Ann F Border - Publié dans : Amie - Communauté : New York City Art
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Dimanche 26 juin 2011 7 26 /06 /Juin /2011 16:19

dinerNew York était cette année-là anéantie par une chaleur qui semblait avoir mis fin à l’effervescence, à la vitesse, à tout ce qui voulait atteindre un but, être rentable, précis, efficace. Une brume de pollution brulante, ralentissait les esprits. Et si on parvenait malgré tout à poursuivre le cours de sa vie, c’était par obligation, par peur d’être remplacé, dépassé ou jeté.

Les corps étaient lamentables, épuisés, transpirants.  Faussement abrités dans les rues, par une ombre sans air. Brutalement refroidis dans les bâtiments par des climatiseurs mal réglés. 

Plus personne ne s’inquiétait de son apparence. Les vêtements collés au corps, le visage cramoisi, on avançait la tête baissée, en signe de soumission à la lumière solaire.

Un de ces jours irrespirables, mon errance me mena vers le Village. Ou vers quelques quartiers proches. Je ne sais pas exactement. Je me souviens simplement que l’idée des grandes avenues et leurs émanations humaines et mécaniques m’avaient répugné et je leur avais tourné le dos.

Je pus marcher presqu’une heure dans les rues étroites sans trop souffrir.  Mais je capitulai quand le soleil fut au plus haut et que les ombres s’amoindrirent. J’entrai dans un diner, ruisselante.

Le sas d’entrée était occupé par un homme qui fouillait dans une valise. Ses affaires encombraient le sol. Il les poussa rapidement contre le mur, eut un sourire d’excuse et m’ouvrit la seconde porte avec la déférence d’un concierge.

« Clay, tu fais chier tout le monde ! » lança un homme à la voix usé par les excès d’alcool et de tabac. Je ne l’aperçus pas quand j’entrai. Pas de personnel derrière le comptoir, ni dans la salle.

Je m’assis dans un box. L’endroit n’était pas climatisé mais il y faisait relativement frais grâce à la disposition du lieu, peu exposé à la lumière de la rue.  Six box en façade et un ilot de quatre, deux plus deux, en miroir au milieu de la salle. Tous étaient vides à l’exception du mien et d’un au centre occupé par deux hommes. Le plus jeune tendait l’intérieur de ses bras vers l’autre, qui les examinait avec minutie. Puis le gamin se déchaussa lentement et posa tour à tour chacun de ses pieds sur la table.  Même examen appliqué.

Une serveuse sortit de l’arrière salle et se traina jusqu’à mon box. Elle se planta devant moi sans un mot. Pas même un bonjour professionnel. Elle portait des chaussures orthopédiques et ça m’a rappelé un livre de Bret Easton Ellis. Elle attrapa un carnet dans sa poche et tapotait dessus avec un crayon au trois-quarts rongé. Il était clair qu’elle resterait silencieuse.  Je commandai rapidement un soda et une assiette de pancakes. Bien qu’elle fût concentrée sur son calepin, dans un geste d’écriture, elle n’y retranscrit pas ma commande.  Mais lorsque j’eus finis de la passer, elle la ponctua d’un point, si fortement que la mine se cassa sur la page vierge. Je me demandai si toutes les feuilles du carnet étaient ainsi recouvertes de points finaux. Je tentai de trouver un sens à ça quand la voix qui avait invectivé l’homme du sas se fit de nouveau entendre. « Clay, dégage, putain ! Tu fais fuir la clientèle. »

L’homme du sas rangea rapidement ses affaires dans la valise. Il entassa deux ou trois sacs plastiques dessus et cala le tout contre le mur.  Après s’être assuré que tout était en ordre, il sortit précipitamment.

« Le frère du patron. » me dit la serveuse en ramenant ma commande. Je remarquai qu’elle portait à présent un rouge à lèvres orangé. Il débordait légèrement du contour de sa bouche, comme si elle s’était maquillée dans une pièce obscure ou à main levée.

Je fus surprise d’entendre le son de sa voix. Elle confondit mon expression d’étonnement avec de l’intérêt et s’assis en face de moi. « Le frère du patron », répéta-t-elle, sur un ton de complicité. « Six jours qu’il est là-dedans. » Elle restait sur le rebord du banc, mais le corps penché vers moi. Elle chuchotait.

Pour ne pas sortir de son rôle, elle mit de l’ordre sur la table. Aligna le ketchup et le sucre, me tendit une serviette en papier et arrosa mes pancakes de sirop d’érable. Une belle femme en son temps.  Un lieu commun et je m’en voulus immédiatement d’avoir pensé comme cela. Pour me faire pardonner (d’un fait qu’elle ignorait), je décidai de m’intéresser à ce qui semblait lui tenir à cœur.

- Il n’entre jamais ?

- Non, le patron ne veut pas le voir. Alors, il dort là, il mange là et Dieu sait où il fait tout le reste… Il attend que l’autre change d’avis.

- Ca n’a pas de sens.  

- Bien sûr que ça a du sens. Merde, c’est la croisée d’une vie ! C’est forcément sensé, dit-elle sur un ton monocorde.

Je me rendis compte que ce n’est pas à moi qu’elle s’adressait. Elle livrait à l’espace une histoire qui lui pesait.

-Clay, c’est le frère jumeau du patron. Mais ils se connaissent à peine. A peine vécus ensemble dans leur enfance.

Elle jetait des coups d’œil rapides vers l’arrière salle et faisait des phrases courtes, plus pratiques dans l’urgence.

- Séparation des parents, partage des enfants. C’était commode, Ils se ressemblaient tellement. Un pour le père, l’autre pour la mère. L’un de ce côté-ci du pays, l’autre à l’autre bout. Les distances, l’oubli, l’existence et puis aujourd’hui…

-  Aujourd’hui, quoi ?

- Un aujourd’hui terrifiant, murmura-t-elle.  C’est clair que la ressemblance ne tient pas la distance. Un genre de travail de sape… Quand on ne peut ne se comparer qu’à soi-même c’est moins grave, pathétique mais moins grave. On connait tous ça, hein ? C’est moins grave. Mais là… Le patron ne veut pas savoir. Il craint que la confrontation ne le tue… Ne les tue tous les deux.

Elle se tait un moment.

- L’un des deux a plus dégusté que l’autre, reprend-elle en chuchotant.  

-  Et vous, vous savez lequel.

- Ce que je sais, je le garde pour moi, me rétorqua-t-elle, en me considérant avec curiosité. Comme si elle m’apercevait pour la première fois.

Puis reprenant sa voix et son regard éteint de serveuse lasse, elle m’intima de manger mes pancakes avant qu’ils ne soient trop gorgés de sirop.

En sortant, je croisais Clay. Adossé contre un mur, non loin du diner, Il fumait une cigarette. Je ne sus dire ce que la vie avait fait de lui.

Par Ann F Border - Publié dans : People and locations - Communauté : New York City Art
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