Les Demoiselles de NYC

Les demoiselles de New York 

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Mercredi 14 juillet 2010 3 14 /07 /2010 16:09

Love GretaTintement de cloche. L’homme et la femme, déjà assis l’un en face de l’autre, ne semblent pas l’entendre et poursuivent leur conversation.

- Qu’est-ce qu’une femme comme vous fait ici ?

- J’aime cette ville.

- Je voulais dire ici, dit-il en faisant un geste circulaire.

- Ah ! J’aime ce bar.

- Ici, répète l’homme en appuyant son intonation.

- Je ne sais pas. J’ai traversé la rue,  je crois.

- Quelle coïncidence ! Moi aussi. 

- Mais je n’en suis pas sûre.

- Moi non plus.

Ils se taisent un moment.

- Je ne me suis pas présenté, dit-il enfin.

- Je crois que si. Tyler quelque chose…

- C’est possible. Et vous, vous êtes-vous présentée ?

-  je crois que oui.

- Ça me revient. Greta quelque chose.

- C’est possible.

- Vous êtes actrice, n’est-ce pas ?

Elle ne répond pas. Il poursuit :

-  Une femme comme vous ne peut être qu’actrice.

- Vous croyez ?

- Je l’espère seulement.

Un nouveau silence.

- Je ne m’imagine  pas actrice.

- Je ne m’imagine pas assis à vos côtés.

- L’êtes-vous vraiment ?

 - Je l’ignore.

Tintement de cloche.

. Voulez-vous que je vous laisse seule ?

- Je n’ai jamais dit que je voulais être seule. Seulement que l’on me laisse tranquille.

Par Ann F Border - Publié dans : Speed Dating in NYC - Communauté : New York City Art
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Dimanche 23 mai 2010 7 23 /05 /2010 19:05

In the streetLa nuit n’existe pas quand on veut qu’elle existe

Ou

La nuit existe pour les affamés

La nuit noire solaire ondulant au dessus d’un taxi jaune

Si on veut

La nuit étendue sur une banquette douteuse à chercher sur un plan

Une rue dans une langue étrangère

De Manhattan

S’assurer de nouveau qu’aucune ne porte le nom d’un mort

Qui peut croire à ça

Sans en rire

Que les nombres rassurent

La nuit aveuglante de Manhattan n’existe pas si on veut qu’elle existe

Ou

Qui peut croire qu’une ville existe

Qui peut vouloir y dormir quand

Les êtres rampent sous les fenêtres double-vitrées

La nuit existe quand on veut qu’elle existe

Les yeux pas plus utiles que les pierres

Sauf lorsqu’on cherche à lapider

À obscurcir

À oublier

La nuit n’existe pas quand on veut qu’elle existe

 

Pour se souvenir d’un quartier de New York

Regarder sa main gesticuler dans l’air

Une chute de particules

Une chute de briques

La naissance des terrains vagues

 

(Les yeux ouverts

Le malheur)

Par Ann F Border - Publié dans : Lunch poem - Communauté : New York City Art
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Dimanche 2 mai 2010 7 02 /05 /2010 16:46

New York-copie-1Dans la pénombre, je ne voyais qu’une partie de son visage. Elle m’apparaissait toutes les six secondes éclairée par la lumière multicolore des lettres d’un néon.  Son œil gauche me fixait. L’autre aussi sans doute. Un seul suffisait à m’émouvoir. Il me serrait le poignet. Quelquefois avec force, puis faiblement. Il parlait une langue étrangère. Mais dans l’état où il était, ça pouvait tout aussi bien  être un langage incohérent.  Je ne pouvais pas distinguer. Il allait mourir.  Les secours ne se déplaçaient pas dans ce quartier. Il en prit son parti et s’installa plus confortablement, le dos calé au mur. Je découvris son visage, maintenant éclairé. Et le reste de son corps. Sa peau était grêlée. Ses lèvres épaisses et pâles. Il portait un bracelet de laine au poignet. Trois couleurs.  Et une croix en métal autour du cou.  

Je m’adossais à mon tour et lui montrais l’empreinte d’un géant sur la chaussée.

J’arrive pas à croire que tu me fasses ce coup-là. T’es bien qu’un connard de portoricain ! Les géants n’existent pas.

A certains moments tout existe.

Des moments comme celui-là ?

Oui.

Parce que je vais crever ?

Oui.

Une pensée rapide attrista son regard, puis il haussa les épaules et émit un son sifflant.

C’est juste une ornière, un géant aurait laissé des empreintes jusqu’au bout de la ruelle. Jusqu’au bout de son périple.

Possible...

Sûr.

Je ne fus pas étonné qu’il utilise un mot tel que périple. Ni qu’il parvienne à croire en l’existence des géants.

Le jour allait se lever. Il s’endormit finalement, la tête sur mon torse. Ses cheveux sentaient le poil de chat, la cigarette et Bois Noir. Je les caressais un moment et je mourais aussi.

 

New York, 1989.

Par Ann F Border - Publié dans : Le boxeur - Communauté : New York City Art
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Vendredi 9 avril 2010 5 09 /04 /2010 14:19

Love psychéTintement de cloche. La fille vient s’assoir. Elle est souriante. Elle ne sourit pas sur l’instant, mais elle est souriante. Quelque chose dans son visage de lumineux et de gai. Elle tourne entre ses doigts une coupe de champagne rosé. Et ne semble pas trouver de position confortable. Elle remue sans arrêt sur la banquette.

- John Pitterbracker.

- Un nom étrange.

- Celui de mon père.

- C’est tout de suite moins étrange.

Il ne sait pas quoi penser d’elle. Elle parle sans le regarder. Avec un détachement désagréable. Et ce qu’elle dit n’a pas de sens. Ou un sens qu’il ne comprend pas. Le champagne coloré l’ennuie aussi.

- Je suis française.

Il comprend mieux.

- Vous n’avez pas l’accent français.

- J’espère bien !  Je vis à New York depuis sept ans.

- Vous auriez apprécié que je remarque dans votre voix l’accent de New York ?

- Non, à vrai dire, j’aurai apprécié que vous détectiez celui de Manhattan.

- Je ne savais pas que c’était différent…

- Mais vous savez que la ville possède plusieurs quartiers, n’est-ce pas ?

- A peine. Je débarque à l’instant du Wyoming.

- Oh non, c’est pas vrai !

- Mais j’ai un plan du métro. J’apprends vite.

- Je ne me suis pas expatriée pour tomber amoureuse d’un type qui se promène avec un plan de la MTA dans la poche.

- Pourquoi pas ?

- Parce que j’aurai l’air d’une conne.

- Je suis tout de même américain.

- Pas new yorkais.

- Mais je travaille dans cette ville !

- Quel genre de job ?

- Je suis garde-côte.

- Vous l’étiez dans le Wyoming ?

- Evidemment.

Elle soulève les sourcils d’étonnement, trempe les lèvres dans le champagne et rétorque :

-  Il n’y a pas de côtes dans le Wyoming.

- Mais il y a des lacs.  Le Jackson, le Leigh, le Yellowstone…

- Les lacs n’ont pas de côtes. Ils ont des bords. D’ailleurs on dit : je vais faire une balade au bord du lac.

- Vous jouez sur les mots.

- Que voulez-vous, je suis française…  Dans le Wyoming vous étiez garde-bords.

- Désespérément française. Même à New York.

Tintement de cloche. Ils sursautent.

- Si on allait se balader sur les bords de l’Hudson ?

- Pourquoi pas, lui répond-elle en français.

- Ce serait terriblement new yorkais de faire ça, n’est-ce pas ?

- Terriblement.

Par Ann F Border - Publié dans : Speed Dating in NYC - Communauté : New York City Art
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Dimanche 28 mars 2010 7 28 /03 /2010 20:05
saint-patrick-web.jpgIl était une fois sur les terres d’Irlande, dans le comté de Monaghan, un homme du nom de Foley McGoohan, fils de Ferell McGoohan et de Morgen Collee. Sa laideur était telle que nul ne songeait qu’elle put être fortuite. Et comme les êtres pensent avec leurs yeux et non avec leurs âmes, et comme leurs yeux ne percent pas les âmes, ils jetèrent sur lui l’opprobre. Les nuits devinrent ses jours. Les jours devinrent ses nuits. Et lorsqu’on s’attardait le soir tombé dans la lande, on priait pour ne pas le croiser. Et lorsque cela se produisait, on perdait le sommeil à force de frayeur.

Une nuit, ses pas menèrent Foley devant la demeure de Meallán Callaghan, le conteur. On le disait mourant. On disait que lorsque la mort pétrifierait ses lèvres, ses contes disparaitraient à jamais.  Les hommes s’étaient pourtant pressés à son chevet, car le métier de conteur en séduisait plus d’un. Mais il n’en trouva parmi eux aucun qui fut digne de lui succéder.

Foley allait passer son chemin quand la porte s’ouvrit. Une vieille l’invita à entrer. Sedna Callaghan. Il hésita, mais l’insistance joyeuse de la femme le convainc.  Elle attrapa sa main et le mena silencieusement vers la chambre de Meallán. Elle poussa une chaise près du lit et sortit de la pièce.

Foley McGoohan s’assit près du conteur qui se tourna vers lui et l’observa longuement. Par longuement entendez de longues heures. Le jeune homme baissa la tête pour ne pas exposer son visage disgracieux. Mais Meallán mit le poing sous son menton et l’obligea à la relever. Les minutes passant, Foley oublia sa laideur. Il releva la nuque et se prêta à l’observation insistante avec un certain plaisir. À la vérité, c’est son âme que Meallán Callaghan scrutait. Et parce qu’il vit en elle la vivacité, la noblesse et la clarté des conteurs, il en fit son héritier. Durant dix-sept jours, il lui conta les mille histoires que renfermait sa mémoire. Et quand son trésor eut changé de cassette, il s’éteignit à l’aube d’un jour dont il n’avait plus que faire. Sedna scella alors ses lèvres et raccompagna Foley à la porte. Il hésitait à la franchir. Elle l’assura que plus rien ne subsistait du passé. Mort, aussi mort que Meallán Callaghan. Il était à présent le conteur du Comté de Monaghan et nul ne songerait à attenter aux jours d’un homme de telle importance. Elle se fourvoyait, bien sûr, comme on se fourvoie toujours sur les intentions humaines.

Foley McGoohan emprunta le chemin qui descendait au village. Fort des paroles de Sedna, il marchait d’un pas assuré, le visage découvert. Il portait le manteau du conteur mais cela ne le sauva pas.  Les premiers hommes qui croisèrent son chemin le rouèrent de coup et l’abandonnèrent gisant sur la lande, afin qu’il apprenne que le jour n’était pas son domaine. Il ne mourut pas. Mais son héritage s’échappa par le filet de sang qui coulait de sa tempe et se déposa sur le sol irlandais. Le vent nocturne des tempêtes lui ravit les mille contes hérités de Meallán Callaghan. Dès lors, Foley McGoohan erra dans la lande balayée par les souffles puissants pour reprendre son bien. On dit qu’il erre encore, car son âme brisée n’offre guère un abri sûr à son héritage. Et le vent, qui se plait en conteur, le déloge encore et toujours. Tant qu’il en sera ainsi, aucun habitant du Comté de Monaghan ne passera de nuit sereine, car le silence et l’ennui hantent leur demeure.

Ce que je sais, c’est qu’il y a peu de chance qu’un homme, aussi laid soit-il, impressionne le vent. Peu de chance qu’une âme brisée trouve la guérison. Peu de chance que le jour devienne le domaine de Foley McGoohan.

Par Ann F Border - Publié dans : Lá Fhéile Pádraig - Communauté : New York City Art
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Dimanche 14 mars 2010 7 14 /03 /2010 16:32

Love ETCTintement de cloche. La femme vient s’assoir à la table de Peter Bloomberg. Elle est souriante et semble impatiente de faire sa connaissance. Ça s’annonce plutôt bien.

- Peter Bloomberg, enchanté.

- Helena Schmitt. Que faites-vous dans la vie, Peter Bloomberg ?

- je suis serveur au Starbucks de la 42e.

- Vous êtes serveur ?

- Oui.

- Vous portez un costume à 15oo dollars et vous êtes serveur sur la 42e

- je l’ai loué pour la soirée.

- Vous l’avez loué pour la soirée…

- Vous allez répéter tout ce que je dis ?

- C’est l’effet de surprise. Je ne m’attendais pas à ça en vous voyant.

- À ça quoi ?

- À un larbin en costume de scène !

- Rien ne vous oblige à être cruelle.

- je ne le suis pas autant que vous l’êtes envers vous-même.

- Que voulez-vous dire ?

- Pourquoi ne mentez-vous pas jusqu’au bout ? Personne ne s’attend à voir sortir d’un écrin à 1500 dollars un vendeur de Caffe Latte. Vous en avez l’attirail, alors soyez avocat chez Shearman et Sterling, pilote de ligne, écrivain, rédacteur en chef du Times…Le temps de cette soirée. Vous avez payé pour rêver, n’est-ce pas ?

Peter acquiesce timidement d’un mouvement de tête enfantin qu’il regrette immédiatement.

- Alors soyez à la hauteur de vos rêves.

Tintement de cloche. La femme se lève.

- Demain est un autre jour, lui dit-elle en s’éloignant.

- Emma Clever, se présente la fille qui lui succède.

- Peter Bloomberg.

- J’étais impatiente de vous rencontrer. Je vous ai remarqué en arrivant. Que faites-vous dans la vie, Peter ?

- Je suis serveur au Starbucks de la 42e.

- Vous plaisantez, n’est-ce pas ?

- Je vous assure que non.

- Vous portez une Cartier à 5000 dollars et vous travaillez dans un Coffee Shop ?

- j’ai acheté la montre à un vendeur de la Batterie. Une copie de Santos-Dumont, je crois.

- Qu’est-ce que ça peut foutre que ce soit une copie de Santos-Dumont ? Ça ne sera toujours qu’une merde à 20 dollars !

- 35 dollars, en fait.

- Vous êtes pathétique.

La fille se lève sans attendre la fin du rendez-vous et se rend au bar où elle commande sèchement un Manhattan.

Tintement de cloche. Une nouvelle femme vient s’assoir à la table de Peter Bloomberg.

- Peter Bloomberg. Avocat associé chez Shearling et Sterman.

- Enchantée. Lynn Miller, serveuse au Sbarro de la 34e.  

Par Ann F Border - Publié dans : Speed Dating in NYC - Communauté : New York City Art
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Vendredi 5 mars 2010 5 05 /03 /2010 20:45

Photo 103Je posais la bouteille sur la table. Il était assis sur le lit. Le dos vouté. Il ne me salua pas, mais me montra la chaise d’un coup de menton comme il le faisait toujours. Comme si j’avais un autre choix si je voulais me poser. Le pistolet ou le revolver, je ne savais toujours pas les différencier malgré les leçons de mon père, était posé sur sa cuisse, près de l’aine. Il tenait le canon à pleine main, comme les hommes tiennent leur sexe. C’était la première fois que je l’imaginais posséder un sexe.  Après un moment de flottement, je m’asseyais finalement près de lui. Côté crosse. Le sommier fit un bruit qui me déprima.  Ce son était celui qui, à mon sens, définissait le mieux la misère depuis toujours, et je ne le supportais pas.

Il fallait que je dise quelque chose. Parce que lui n’était pas décidé. Je toussotais plusieurs fois pour faire sortir les mots de ma bouche. Mais ils étaient coincés de l’autre côté de ma glotte. Ma gorge était sèche, mais je n’osais pas bouger pour attraper la bouteille. Elle n’était qu’à quelques mètres de moi. La pièce était étroite et rectangulaire. Une table couverte de restes de repas, une chaise, un lit, un frigo, une télé sur le frigo, un évier, une malle ouverte remplie de journaux, une lampe sur pied et une autre sous le lit. Les deux étaient allumées. C’était le milieu de la journée. Je pensais que peut-être il était assis là depuis la nuit dernière.

J’allumais une cigarette que je lui tendis. Puis j’en allumais une pour moi. Je prenais de longues bouffées que je recrachais lentement. J’observais les volutes se déplacer dans la pièce. Il les observait aussi.

- Ça l’a refait, me dit-il.

Je m’étais habitué à son silence. Le son de sa voix me fit mal aux oreilles. Il transperça l’espace enfumé. Et le moment que nous étions en train de vivre disparut brutalement.

Une nouvelle lumière entrait maintenant dans la pièce. Il se leva et fit quelques pas, tenant l’arme le long de sa jambe. Ses yeux étaient rougis par le manque de sommeil, mais plus ouverts que d’habitude. Si je m’étais donné la peine, j’aurai pu en distinguer la couleur. Mais je m’en foutais. Ça ne m’empêchait pas de bien le connaitre.

- Ça l’a refait, répéta-t-il.

Il s’adressait à moi comme si je savais de quoi il parlait.

La clarté m’embarrassait. Je me sentais coincé dans une heure inhabituelle. Le jour était une belle saloperie. Lui et moi le savions depuis longtemps. Une belle saloperie. Aujourd’hui, il se vautrait dans le carré de lumière, le flingue à la main, comme si tout ça était normal. Je détestais le voir comme ça. Si précisément. Je détestais qu’il me soit donné d’observer les détails. Je commençais à boire pour boire. Et pendant que je me saoulais  consciencieusement, il me raconta son histoire.

Le revolver avait d’abord appartenu à John Mayerbrick, son père. Décidé d’en finir avec la vie, il l’avait acheté chez un prêteur de la 42e.  Puis un dimanche matin, il s’était installé au volant de sa Ford et à la fin d’un match  des Yankees que la radio passait en différé, il avait mit le canon dans sa bouche et avait fait feu sans hésitation. Mais l’arme s’était enrayée. L’homme en tira une leçon. Il cessa de jouer et de boire, rendit son existence supportable et mourut de vieillesse. Une connerie de rédemption. 
Il venait de vivre la même expérience que son père, juste avant que j'arrive. Je lui dis qu’il n’y avait aucun message divin là-dedans. Le revolver familial était foireux, point barre. Il haussa les épaules et tira une balle dans la malle à journaux. La détonation m’explosa les tympans. Puis, après que le canon se soit refroidi, il mit l’arme sur sa tempe et appuya sur la gâchette. Rien ne se passa. Une connerie de miracle.

Après ce jour-là, je ne le revis plus. J’appris qu’il avait quitté New York. Quelques mois plus tard, je reçus un colis provenant de Presque Isle dans le Maine. Il contenait le revolver et une lettre aux plis anciens et crasseux signée John Mayerbrick. À ton tour de savoir si tu mérites une deuxième chance. Connerie de connerie.

Par Ann F Border - Publié dans : Yesterday is here - Communauté : New York City Art
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Dimanche 28 février 2010 7 28 /02 /2010 16:04

Speed dating inNYC
Tintement de cloche. La fille vient s’asseoir à la table de Gil Flack. Il se présente. Elle ne juge pas utile de le faire en retour. Il n’insiste pas et décide de la prénommer Taylor. Pour lui-même.

- C’est la première fois que je quitte mon appartement depuis cinq ans, lui dit-elle.

- Ouah ! Pourquoi êtes-vous resté enfermée si longtemps ?

- Vous ne comprenez pas ?

- Non, je regrette.

La fille sort un livre de son sac. Seul dans le noir de Paul Auster. Elle tourne rapidement les pages jusqu’à tomber sur une feuille écornée.

- Vous et moi, ça ne marchera pas, plaisante Gil. Vous abîmez les livres, ça ne se fait pas.

-Les livres ne servent qu’à retenir les pensées. Ils n’ont pas plus de valeur pour moi qu’un sac de shopping. Ce qui compte c’est qu’on y trouve ce qu’on cherche. Ah voilà ! Betty était morte d’un cœur brisé. (Gil ricane) Il y a des gens qui rient en entendant cette expression, mais c’est seulement parce qu’ils ignorent tout de la vie. On meurt d’un cœur brisé. Ça arrive tous les jours. Et ça continuera d’arriver jusqu’à la fin des temps.

- Mais vous n’êtes pas morte.

- Vous n’avez aucun moyen  de le savoir.

- Vous êtes là, en face de moi, à me sortir  vos théories d’adolescente suicidaire. Vous n’êtes pas morte.

- Vous ne comprenez pas…

- Je comprends que vous avez vécu une sale histoire qui vous a laissé sur le carreau. Et que peut-être vous avez voulu en mourir. Que peut-être vous êtes surprise d’y avoir survécu. Mais c’est comme ça, on survit à tout.

- Je ne le voulais pas. Je ne voulais pas survivre. Vivre au-dessus du pire que j’ai vécu, vous comprenez ?

- Je crois que oui… Mais, qu’êtes-vous venu faire ici ?

- Je voulais m’assurer de quelque chose avant de poursuivre.

- Vous assurer de quoi ?

La fille ne répond pas. Gil demande encore :

- Que poursuivez-vous ?

- Ce qui ne s’arrête jamais. Les rêves, les désirs…Je ne sais pas. Le désespoir.

- Personne ne court après le désespoir !

- Et bien, moi je le fais. Il contient tout ce qui m’a appartenu. Tout ce que j’ai aimé. Ce qui a brisé mon cœur.

- Vous me faites peur.

La fille sourit. Il remarque une fine cicatrice sur sa lèvre supérieure qui empêche son sourire d’être gai, en le rendant légèrement dédaigneux. 

Tintement de cloche. La fille se lève et laisse le livre sur la table. Il le lui tend. D’un  geste, elle le refuse.

- Quel est votre prénom ? demande-t-il  précipitamment.

- Je crois vous l’avoir dit.

Par Ann F Border - Publié dans : Speed Dating in NYC - Communauté : New York City Art
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Samedi 20 février 2010 6 20 /02 /2010 20:44

New York centuryIl était une fois l’histoire vraie, si l’on y croit, de Mercy Stappleton et de son chat, Maître de Ballet.

Mercy était danseuse et elle ne possédait rien, hormis le rêve d’enflammer les scènes du Theater District de Manhattan. Elle traversa l’Atlantique au début d’un siècle qui s’annonçait ni mieux ni pire que les siècles passés ou ceux à venir.

La chance voulut que durant le voyage, elle côtoya un maître de ballet. Les passions rassemblent les êtres. Le vieillard malingre aux immenses yeux bleus faisait danser ses longues mains osseuses dans l’espace en fredonnant des airs classiques. La maladie le rongeait, mais son rêve à lui était de croire que la mort ne le pourchasserait pas sur l’océan. On la dit froussarde, disait-il. C’était oublier les moissons de marins qu’elle engrangeait depuis toujours. Mais pour le coup, il ne se trompait pas, car ce n’est pas elle qui se chargea de l’occire.

Lorsque la coque de l’imposant navire atteignit la rivière Hudson, le déchirant son de l’eau douce éventrée par le métal lui brisa le cœur. Et la Nature récolta son dernier souffle.

(Depuis la nuit des temps, La Nature menait seule et sans barbarie les êtres et les végétaux vers la poussière. Puis les hommes firent la terrible erreur de créer la Faucheuse et de l’armer d’une lame. A la suite de quoi, les façons de mourir devinrent plus nombreuses que les raisons de vivre.)

Ceux qui étaient là effectuèrent des pas de danse pour le maitre de ballet. Et l’on entendit le froissement des étoffes de mauvaise qualité se frôler jusqu’à ce que le navire atteigne les quais d’Ellis. Le corps du vieillard fut renvoyé en Europe aux frais de la compagnie transatlantique dans un cercueil en pin du Canada.

Quelques mois plus tard, Mercy Stappleton découvrit un chaton dans l’arrière-cour du Mecca Temple où elle se produisait. L’animal courut à sa rencontre et plongea ses immenses yeux bleus dans les siens en se frottant gracieusement contre ses jambes. Elle décida de l’adopter et le nomma Maître de Ballet, car, vaguement, il lui rappelait le vieillard rencontré lors de la traversée.

C’était bien lui, réincarné en félin (pourquoi pas ?) par une Mort offensée que la Nature lui ait ravi un quidam. Celui-là même qui l’avait traité de froussarde. Et lorsque la Mort est irascible, elle agit au contraire de ce qu’elle fait toujours. Et de son point de vue, il n’existe rien de pire que de donner la vie.

 

Par Ann F Border - Publié dans : Les contes de Manhattan - Communauté : New York City Art
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Samedi 6 février 2010 6 06 /02 /2010 15:38

Love 2Tintement de cloche. Une fille quitte la table. Une autre s’approche pour prendre sa place. Plus jeune. Celle qui part lui murmure quel con ! à l’oreille. 

L’homme ne lève pas les yeux. Il fait tournoyer une olive dans son verre de vodka.

- Andrea March, dit la fille en s’asseyant.

- Edward J. Doyle… Vous, vous avez pris le métro. Quelle ligne ?

- La 2.

- J’en étais sûr. Vous sentez la 2.

- Pardon ?

- Votre odeur, je ne l’aime pas.

La fille se lève brusquement.

- Rasseyez-vous ! Vous me devez encore trois minutes. J’ai payé 50 dollars pour ça.

Elle se rassoit mais reste en retrait.
- Vous êtes sûrement une jolie fille…

- Vous pourriez vous en  faire une idée si vous me regardiez.

- Ca ne servirait à rien. Ce n’est pas ce que je cherche.

- Vous êtes odieux parce que je vis dans le Bronx ?

- Vous ne vivez pas dans le Bronx. Vous avez juste pris la ligne 2.

- Vous êtes un vrai malade !

Un silence.
- A part ça, que pourriez-vous dire de moi ?

- Vous seriez plutôt pas mal si vous ne gâchiez pas tout avec vos bizarreries. Vous avez de belles mains et un visage doux. Sans lui, je serai déjà partie.

- Vous avez failli le faire.

- Quelque chose m’a retenu… Et vous, que pourriez-vous dire de moi ? A part que j’empeste le métro !

-Vous portez un parfum français. Un rien éventé parce que vous conservez précieusement le flacon depuis longtemps. Vous le retournez comme ça et vous vous parfumez en passant le bouchon derrière vos oreilles.

- La fragrance vous plait ?

- Je ne l’aime pas. Elle m’empêche de vous voir.

- Vos yeux suffiraient à le faire ! 

- Ils ne le peuvent pas, dit Edward.

Le tintement de cloche couvre sa réponse et la fille ne l’entend pas.  Elle quitte la table avec empressement. Une autre s’approche pour prendre sa place. Elle lui murmure quel con ! à l’oreille.

Par Ann F Border - Publié dans : Speed Dating in NYC - Communauté : New York City Art
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